P O R T O
Lisbonne de plâtre blanc, Porto de pierre sombre…/ Ô Porto de mon en­fance !/ La première impression que tu me causas,/Je la garde, pleine d’effroi, dans ma mé­moire,/Pleine de bru­mes et de granite !/C’est une impression d’Hiver.” Le poète-philosophe de la saudade (mélancolie), Teixeira de Pascoaes, nous avait avertis. Con­trairement à la capitale lisboète, baignée d’une lumière aux ac­cents méditerranéens, Porto est une ville septentrionale, granitique et brumeuse, célèbre pour ses neblinas, ces bru­mes qui montent du fleuve Douro et enveloppent la cité d’un voile irréel dont seule semble s’échapper l’arche du pont Dom Luís Ier. Une ville “couleur de gris” mais pas triste, où la gravité de façade, du climat comme des monuments, dissimule la vitalité de ses habitants comme les décors saturés de dorures de ses églises. “Une ville de tous les contrastes, baroque dans l’âme”, lance l’écrivain portuense Mário Claudio. “Baroque” : le terme vient du portugais barroco, qui désigne en joaillerie la perle irrégulière. Loin de la beauté égale et lisse, douce et légère qui va si bien aux jeunes ingénues, Porto la tourmentée tire son charme de ces inconstances, de ces bizarreries, de ces imperfections dont on apprend, avec l’âge, à être fiers, parce qu’elles font précisément notre caractère. À Porto, tout vient du fleuve et tout y retourne toujours. Du moins, c’est ce qui ressort des conversations avec les Portuen­ses… Et ce n’est pas Manoel de Oliveira, le plus célèbre réalisateur de cinéma portugais, qui le démentira ! Quand il nous re­çoit avec sa femme, Maria Isabel, dans leur trois-pièces de la partie moderne de la ville, le cinéaste est heureux de pouvoir parler d’autre chose que de son dernier film pour lequel il est en pleine promotion : “Cette ville est celle où je suis né il y a quatre-vingt dix-neuf ans, le 12 décembre 1908 ; celle où j’ai tourné mon premier film en 1930 ; celle où je me suis marié en 1940 ; et celle où je vis en 2008. La seule chose que j’ignore, c’est si j’arriverai à y mourir, avec tous ces tourna­ges… ” soupire-t-il. Quant au fleuve, il lui a consacré son premier documentaire muet, réalisé avec la caméra que son père lui avait offert : Douro, faina fluvial (Douro, travail fluvial, 1931). “Le Douro a toujours été le cœur de la ville, son centre vital. C’est lui qui fait son âme”, poursuit-il. Et à l’image des eaux noires du fleuve “d’or” (D’ouro), le Porto que filme Manoel de Oliveira, celui des garnements d’Aniki-bobó (1942) com­me celui, disparu, de Porto de mon enfance (2002), se révèle d’une beauté profonde et grave. Un peu comme ses habitants… Lisbon of white plaster, port of dark stone ... / O Port of my childhood! / The first impression you made me, / I keep it, full of dread, in my memory, / full of mists and granite! / C is a Winter impression. "The poet-philosopher of the saudade (melancholy), Teixeira de Pascoaes, had warned us. Unlike the Lisbon capital, bathed in a light with Mediterranean accents, Porto is a northern city, granite and misty, famous for its neblinas, these mists that rise from the Douro River and envelop the city with an unreal veil which only seems escape the arch of the Dom Luís I bridge. A city "gray color" but not sad, where the gravity of the facade, the climate as monuments, hides the vitality of its inhabitants as the decorations saturated with gilding of its churches. "A city of all contrasts, baroque in the soul", launches the Portuguese writer Mário Claudio. "Baroque": the term comes from the Portuguese barroco, which means in jewelery the irregular pearl. Far from the equal and smooth beauty, soft and light that goes so well to the young ingenuous, Porto the tormented draws its charm from these inconstancies, these quirks, these imperfections which we learn, with age, to be proud, because that they are precisely our character. In Porto, everything comes from the river and everything always goes back there. At least, this is what emerges from the conversations with the Portuenses ... And it is not Manoel de Oliveira, the most famous director of Portuguese cinema, who will deny it! When he receives us with his wife, Maria Isabel, in their three-room apartment in the modern part of the city, the filmmaker is happy to be able to talk about something other than his latest film for which he is in full promotion: "This It is the city where I was born ninety-nine years ago, December 12, 1908; the one where I shot my first film in 1930; the one where I got married in 1940; and the one I live in 2008. The only thing I do not know is if I'm going to die there, with all these shootings ... "he sighs. As for the river, he dedicated his first silent documentary, made with the camera that his father had given him: Douro, fluvial faina (Douro, fluvial work, 1931). "The Douro has always been the heart of the city, its vital center. It is he who makes his soul, "he continues. And in the image of the black waters of the "golden" river (D'ouro), the Port that films Manoel de Oliveira, that of the boys of Aniki-bobó (1942) like the one, disappeared, of Porto of my childhood (2002), reveals a deep and serious beauty. A bit like its inhabitants ...
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