Et le temps qui passe, vieil ami de l'Homme. Devant lequel, selon l'humeur, on crie, on se désole ou on se réjouit. Je me dis parfois que la photographie, par sa fixation immobile de l'éphémère, arrête ce fameux temps ; tout comme l'écriture et c'est pour cela que j'écrirai, je l'espère, presque tous les jours ici, ou ailleurs....
And time passing, old friend of man. In front of which, according to the mood, we shout, we regret or we rejoice. I sometimes tell myself that photography, by its immovable fixation of the ephemeral, stops this famous time; just like writing and that's why I'll write, I hope, almost every day here, or somewhere else ....
November, 9, 2018 
Depuis que tu n'es plus là, les jours et les nuits sont plus difficiles. Les heures semblent s'être allongées, l'obscurité plus obscure encore, le vent souffle sans arrêt, la pluie menace et les orages rôdent. Le temps est changeant. Mon âme et mon corps subissent le refroidissement climatique, je me sens parfois comme une ruine, une ruine qu'on ne visite jamais, à l'écart des routes touristiques, que personne ne connait, ne figurant sur aucune carte.
Avec cette impossibilité, presque organique, de pouvoir en parler, de l'écrire. Parce que c'est d'une banalité affligeante. D'une médiocrité pathétique. La condition humaine, dans toute sa splendeur, sa bêtise, sa face la plus sombre et inévitable. Alors on se dit que le temps passera, qu'il adoucira les choses, qu'il agira comme un baume sur une plaie.
Et puis...
Et puis on s'aperçoit que la plaie ne peut pas être embaumée. Que le temps ne passe pas. Que rien ne s'adoucit, on vit au contraire avec cette acidité telle un fardeau sans fin. Et puis on s'aperçoit qu'on y peut rien, et que l'on essaie même plus. Comme toi d'ailleurs : le temps ne change rien à rien, que rien ne s'adoucit, que la plaie ne se referme pas non plus. Et l'on vit alors une condition humaine unilatérale. On se place sans se placer. On oublie sans oublier. On croit sans croire.
Since you're gone, days and nights are more difficult. The hours seem to have lengthened, the darkness darker still, the wind blows constantly, the rain threatens and the storms roam. The weather is changing. My soul and my body undergo the climatic cooling, I sometimes feel like a ruin, a ruin that we never visit, away from tourist routes, that no one knows, not appearing on any map.
With this impossibility, almost organic, to be able to speak about it, to write it. Because it is a distressing banality. Pathetic mediocrity. The human condition, in all its splendor, its stupidity, its darkest and inevitable face. Then we think that time will pass, that it will soften things, that it will act as a balm on a wound.
And...
And then we realize that the wound can not be embalmed. That time does not pass. That nothing softens, we live on the contrary with this acidity as a burden without end. And then we realize that there is nothing, and that we try even more. Like you, by the way: time changes nothing, nothing softens, the wound does not close either. And then one lives a unilateral human condition. We place ourselves without placing ourselves. We forget without forgetting. We believe without believing.
August,21, 2018
Quand mes dents me font mal, mes gencives, ou les deux. Souvent d'ailleurs je ne sais pas où le mal se fait. C'est que je suis contrarié, angoissé. Que quelque chose de latent est en moi, quelque chose auquel je pense. Trop. Je pense trop. J'ai toujours trop pensé. 
Septembre est sans doute le mois que j'apprécie le plus. Je me noie dans ce que l'on appelle dans ce pays, la France, que je ne reconnais plus, la "rentrée". Cette agitation me permet de passer inaperçu, de redevenir anonyme tant les gens sont occupés à des occupations terre à terre, trop quotidiennes, trop conventionnelles, en espérant qu'ils ne soient pas dupes qu'on entrave leur liberté, qu'on occupe leur esprit ailleurs, si loin de l'essentiel. Pas trop dupes.... 
Moi même j'essaye de ne pas trop l'être. Surtout de ne pas trop subir. Je me refugie dans les bouquins de Pessoa, à Lisbonne, à Porto, à Nazaré. Loin de l'endroit où je suis, où je n'aime pas être mais où je suis obligé d'être....
When my teeth hurt, my gums, or both. Often, moreover, I do not know where the harm is done. It's because I am upset, anxious. That something latent is in me, something that I think. Too much. I think too much. I have always thought too much.
September is probably the month that I appreciate the most. I drown in what is called in this country, France, which I do not recognize, the "return". This agitation allows me to go unnoticed, to become anonymous again as people are occupied with down-to-earth, too everyday, too conventional occupations, hoping that they are not fooled that we are hindering their freedom, that we occupy their spirit elsewhere, so far from the essential. Not too fooled ....
I myself try not to be too much. Especially not to suffer too much. I take refuge in the books of Pessoa, Lisbon, Porto, Nazaré. Far from where I am, where I do not like to be but where I am obliged to be ....

August, 11, 2018
Et ce mal de dents qui n'en finit pas, peut être un abcès. Je prends du paracétamol et je me dis que ca passera... Lisbonne me manque terriblement. Il n'y a pas une journée où mes pensées n'y vagabondent pas. Je sens que je n'en ai pas fini avec cette ville, avec son fleuve le Tage, avec ses ruelles que j'ai envie de voir pleine de brume.
Je n'en ai pas fini avec ces arrivées en train au petit matin à la gare d'Oriente. Je n'en ai pas fini de toutes ces photographies que j'ai à faire dans cette ville, dans cet endroit qui ne m'a pas laissé indemne. Lisbonne, me revoilà !
And this toothache that never ends, can be an abscess. I take paracetamol and I say that it will pass ... Lisbon I miss terribly. There is not a day where my thoughts do not wander. I feel that I am not done with this city, with its river Tagus, with its alleys that I want to see full of fog.
I'm not done with these arrivals by train in the early morning at the station Oriente. I have not finished all these photographs that I have to do in this city, in this place that did not leave me unharmed. Lisbon, here I am again!
August, 6, 2018
Et un été de plus. Une canicule de plus. Des jours et des jours qui s'enchaînent, sans rien qui les différencie vraiment, même pas la couleur du ciel.  Le soir, parfois, quelques nuages d'orage, à l'image de ma vie, s'avancent mais... ne durent pas. Parce que rien ne dure toujours, et Jonasz le chantait en son temps. Il fait si chaud que l'on dirait que l'air a disparu de la surface de la terre et s'il réapparait, c'est pour être brûlant, passant sur la peau comme une barre de fer rougie par le feu et entrant dans les poumons tel de la lave sortie toute droite d'un volcan d'un bout du monde.
Tu n'es plus là, dans ma vie et pourtant tu y es toujours, tu l'as toujours été de la minute où l'on s'est rencontrés. Tu le sais. Je le sais. On a tout essayé pour se détacher l'un de l'autre. On s'est engueulés. Doucement. Moyennement. Durement. Des mois ont passé sans que l'on se parle.  Puis une nuit du tout début janvier, l'année venait à peine de commencer.... tu m'as appelé. Laissé un message dont je me souviendrai toute ma vie. Comme d'ailleurs de tout ce que l'on s'est dit, redit, contredit, écrit, réecrit, effacé, rayé...
And one more summer. A heat wave more. Days and days that follow one another, without anything that really differentiates them, not even the color of the sky. In the evening, sometimes, some clouds of storm, in the image of my life, come forward but ... do not last. Because nothing lasts forever, and Jonasz was singing it in his day. It's so hot that it looks like the air has disappeared from the earth's surface and if it reappears, it's to be hot, passing over the skin like a fire-redened iron bar and entering the lungs like lava coming straight from a volcano on the other side of the world.
You are no longer there in my life and yet you are still there, you have always been from the minute we met. You know. I know it. We tried everything to get away from each other. We fought with each other. Slowly. Moderately. Harshly. Months passed without anyone speaking to each other. Then one night in early January, the year had just begun .... you called me. Leave a message that I will remember all my life. As, moreover, of all that one has said to oneself, repeats, contradicts, writes, rewrites, erases, scratched.

Je m'aperçois de jour en jour, photo après photo, que je cherche toujours la même femme. Et même dans une photo de paysage ou d'objet. Dans la plus anodine de mes images se cache toujours cette même femme. Comme un fantôme qui hante les pixels ou les sels d'argent.
Je suis un monstre de souvenirs, un océan de mémoire dans laquelle tu te noies, toi. Mes jours passent, le monde tourne sans toi. Quelque part pourtant je sais que je suis encore en toi, par bribes, par infimes morceaux, même à l'état de poussières.
Toutes les photographies que l'on voie ici ont ton visage, de toute façon. Je traverse maintenant le monde et l'existence comme un être qui vit ailleurs, qui écoute, qui comprend, qui fait ce qu'il a à faire mais.... qui existe ailleurs. Dans un espoir. Dans un monde différent.
I realize from day to day, photo after photo, that I am always looking for the same woman. And even in a landscape or object picture. In the most innocuous of my images always hides this same woman. Like a ghost that haunts pixels or silver salts.I am a monster of memories, an ocean of memory in which you drown yourself. My days are passing, the world is turning without you. Somehow, however, I know that I am still in you, by bits, by tiny pieces, even in the state of dust.All the photographs that we see here have your face, anyway. I now go through the world and existence as a being who lives elsewhere, who listens, who understands, who does what he has to do but .... that exists elsewhere. In a hope. In a different world.

July, 24, 2018
Et l'été qui arrive, qui est là. Cet été que je n'aime pas, cet été que je subis. Qui ne vaut la plupart du temps dans mon coeur que par l'automne et l'hiver qui lui succèdent. Et toujours aucune nouvelle de toi. Toi qui est quelque part, sur la terre. Ou peut être sur l'eau. Pourtant, je reste convaincu que le jour de notre retrouvaille existe bien, lui aussi quelque part.Photographiquement, je n'ai pas de projet particulier si ce n'est cette petite exposition de province, avec une dizaine de photos. Je me dis tous les jours, sans exception, qu'il faut je me relance. Dans la tête, des dizaines d'envies, de débuts de choses, de milieux, rien d'entier. Rien.
And summer is coming, who is there. This summer that I do not like, this summer that I suffered. Which is most of the time in my heart only in the autumn and winter that follow.And still no news of you. You who is somewhere on earth. Or maybe on the water. However, I remain convinced that the day of our reunion exists well, also somewhere.Photographically, I have no particular project except this small provincial exhibition, with a dozen photos. I say to myself every day, without exception, that I have to start again. In the head, dozens of desires, beginnings of things, environments, nothing of whole. Nothing.
July, 26, 2018
Quelque chose ne tourne plus rond sur la planète. Une fuite en avant, une fin d'Empire romain, quelque chose de décadent, de pourri. La fin d'un monde, un nouveau qui n'émerge pas et qui peut être n'émergera jamais. Une agonie dont on dirait qu'elle n'a pas de fin. Je sais, je suis pessimiste. Tant pis. Je ne dis pas que c'était mieux avant, je dis que c'est pas bien maintenant. Il y a une déliquescence, tout a été plongé dans la confusion, dans l'opacité, dans la rentabilité, pour tout, pour rien.  
On le sent toutes et tous qu'il y a cette infime étrangeté en suspension, comme dans un flacon de médicament, de ceux que l'on prend quand on a la grippe, en hiver, que le nez coule, que la gorge est sèche et l'esprit dans les livres.
Something is not going anywhere on the planet. A flight forward, an end of the Roman Empire, something decadent, rotten. The end of a world, a new one that does not emerge and that can be will never emerge. An agony that seems to have no end. I know, I'm pessimistic. Never mind. I'm not saying it was better before, I say it's not good now. There is a decay, everything has been plunged into confusion, opacity, profitability, for everything, for nothing.
We all feel that there is this tiny strangeness in suspension, as in a bottle of medicine, of those we take when we have the flu, in winter, the nose runs, the throat is dry and the spirit in the books.



July, 19, 2018
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