L  I  S  B  O  A     /    L  I  S  B  O  N
Capitale magique   /   Magical city

Il est des villes dont on ne revient pas indemne, mais qui vivent au plus profond de soi, et dont on garde une image toute personnelle : des villes qui n’existent, aussi, que par le jeu de regards croisés des étrangers qui la traversent, et qui, la décrivant, la racontant, en quelque sorte la reconstruisent. C’est le jeu d’une reconstitution qui a lieu ici, et qui se déroulant, voudrait former dans son ensemble rien moins qu’un livre à voyager...
Une ville vous touche en plein cœur et vous ne savez pourquoi. Des jours passent, des semaines aussi et c’est toujours l’incompréhension (incompréhension bariolée d’innocence) au fond de vous. Et puis un jour, au détour d’une rue, une de ces rues rusées dont le vieux Lisbonne est si prodigue mais si peu disert, vous tombez nez à nez avec votre propre regard sur la ville, vous découvrez contre le mur l’empreinte, la part d’ombre déposée par un être de chair ; autrement dit, vos propres traces. Pegadas.
Dans le vieux Lisbonne, marcher peut se révéler être une aventure dangereuse, pourtant jamais licencieuse. Entendons par là qu’elle ne procède nullement vers un but lointain, ou n’est rendue irrévérencieuse par le regard des autres à aucun moment. Car à l’envie de se perdre, de dériver sous l’égide de courants sous-marins, souterrains, envie qui ne rencontre pas d’obstacles lors de ces après-midi où le soleil est haut dans le ciel et les rues désertées par le plus grand nombre, s’allie la magie des rues ; rues jamais droites, jamais planes ou propres, surprises par le passant, pas à pas. Pegadas.
Ainsi frôlé par le pied, c’est le plus petit d’entre tous, le pavé lisboète - qu’il soit blanc crème ou noir brillant, calcaire ou basalte, enchâssés l’un dans l’autre, un losange après l’autre, formant mosaïque après mosaïque -, qui recèle de cette sécurité étrange s’accordant justement à ne rien sécuriser, à tout risquer et nous enjoint avec force à continuer à marcher sur cette déjà fine ligne d’erre. Les jambes fermement plantées dans le sol et pourtant jamais plus légères. Toujours en équilibre, les deux pieds roidis par le plaisir de se trouver là. Pegadas.

A city touches you in the heart and you do not know why. Days go by, weeks too, and it's always misunderstanding (a motley misunderstanding of innocence) deep down inside you. And then one day, at the corner of a street, one of those cunning streets whose old Lisbon is so prodigal but so little talkative, you come face to face with your own eyes on the city, you discover against the wall the imprint , the part of shadow deposited by a being of flesh; in other words, your own footsteps. Pegadas.
In old Lisbon, walking can be a dangerous adventure, yet never licentious. By this we mean that it does not proceed to a distant goal, or is rendered irreverent by the gaze of others at any time. Because the desire to get lost, to drift under the aegis of underwater currents, underground, envy that does not meet obstacles in those afternoons when the sun is high in the sky and the streets deserted by the greatest number, allies the magic of the streets; streets never straight, never flat or clean, surprises by the passer, step by step. Pegadas.
Thus grazed by the foot, it is the smallest of all, the paved Lisbon - whether cream white or shiny black, limestone or basalt, embedded in one another, a rhombus after another , forming a mosaic after mosaic - which conceals this strange security, precisely granting nothing to secure, to risk everything and strongly urges us to continue walking on this already thin line of wandering. The legs firmly planted in the ground and yet never lighter. Always in balance, both feet stiffened by the pleasure of being there. Pegadas.
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